(LAG-spécial) Un article intéressant est paru dans le magazine University Affaires/Affaires universitaires sur les universités québécoises depuis 1960.
Les restrictions visant les étudiants internationaux, les tensions entre Québec et les universités anglophones de Montréal, les déficits, l’enjeu de la liberté académique, la place et le rôle des universités dans l’intégration des nouveaux arrivants : pour l’auteur, ces dossiers renvoient tous à une même question.
Quelle mission la société québécoise confie-t-elle à ses universités? Pour y répondre, il retrace, dans son texte, soixante ans d’évolution avec l’aide de quatre chercheurs.
La Révolution tranquille a le dos large
Selon Mohamed Berrada, rédacteur en chef adjoint francophone du magazine, qui cite le sociologue Louis Maheu de l’UdeM, il ne faut pas croire que l’explosion de la population étudiante universitaire tient exclusivement aux changements de la Révolution tranquille.
« Le principal mythe consiste précisément à croire que toute la modernisation universitaire découle de la Révolution tranquille », affirme le sociologue Louis Maheu, professeur émérite de l’Université de Montréal (UdeM).
« Selon lui, lorsque les réformes des années 1960 entrent en vigueur, une grande « partie des transformations qui caractérisent l’université moderne est déjà en cours. » Il soutient aussi que la montée des classes moyennes après la Deuxième guerre durant les années 1950 « est la mère de la Révolution tranquille ».
On ne devrait donc pas dire non plus que l’université québécoise moderne est arrivée avec la naissance du ministère de l’Éducation (1964) ni non plus, suite aux recommandations du Rapport Parent (1963-66), malgré leur rôle significatif.
En fait, Yves Gingras, de l’UQAM, situe même les racines encore plus loin, soit dans les années 1920. Il cite le rôle du Frère Marie-Victorin, de Jacques Rousseau et Pierre Dansereau, ainsi que celui des bourses David. Il reprend l’image de Rousseau : les années 1930 auraient été celles des « semailles », et les années 1960 celles de la « récolte ».
Qui sont ces trois personnages?
Conrad Kirouac, le Frère Marie-Victorin a mis sur pied l’Institut botanique en 1920 alors qu’il est nommé professeur de botanique.
Jacques Rousseau élargit la botanique vers l’étude des relations entre les populations et leur milieu, notamment l’ethnobotanique. Il succède à Marie-Victorin à la direction du Jardin botanique de Montréal, qu’il dirige de 1944 à 1956, puis termine sa carrière au Centre d’études nordiques de l’Université Laval.
Il représente donc à la fois la relève scientifique formée dans les années 1920 et la consolidation des institutions de recherche par la suite.
Pierre Dansereau, biologiste et écologiste de réputation internationale, a été diplômé en sciences agricoles en 1936 et a obtenu un doctorat à l’Université de Genève en 1939. Il a, lui aussi, suivi les traces du Frère Marie-Victorin. Il dirige ensuite le Service de biogéographie du Québec à l’Université de Montréal.
Les bourses David ou bourses d’Europe sont associées au secrétaire de la province de 1919 à 1936, Athanase David. Au nombre de 5 au début puis de 15, elles servent à former des spécialistes dans divers domaines en envoyant les détenteurs étudier à l’étranger.
Quoiqu’il en soit, depuis les années 1960 « le Québec a connu une augmentation spectaculaire de la fréquentation universitaire et du niveau de scolarisation de sa population », estime le politologue Daniel Béland de l’Université McGill. Pour lui, il est clair que le développement du réseau universitaire a constitué « l’un des grands succès de la Révolution tranquille. »
Une crise tranquille
Aux yeux du professeur Maheu, le nouveau gouvernement doit s’intéresser à la « crise tranquille » qui affecte les universités d’ici. « Il rappelle que le Québec n’a jamais complètement rattrapé l’Ontario en matière de diplomation universitaire. »
On parle de 38 % contre 44 % en Ontario. Un retard surtout concentré du côté des francophones. Il ajoute « L’enseignement supérieur joue un rôle stratégique majeur dans l’avenir du Québec, mais il occupe rarement une place proportionnelle à son importance dans le débat politique. » (Lire l'article au complet)
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