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Commercer avec la Chine

Absolument, mais avec grande prudence

Paru le | Catégorie: Section spéciale

(LAG-Spécial) Revenant sur l’accord préliminaire entre le Canada et la Chine visant à régler des questions économiques et commerciales, l’ambassadeur de Chine au Canada, Wang Di, affirme que nous «devrions renforcer la coordination dans tous les secteurs dans un esprit de compréhension mutuelle et de consultation amicale». Les Canadiens devraient écouter ce discours poliment, puis en examiner attentivement les détails, suggère le professeur Stephen R. Nagy (sciences politiques et études internationales) à l’Université chrétienne internationale au Japon.

 

Les termes «coordination» et «consultation amicale» semblent parfaitement amicaux. Ils suggèrent des règles prévisibles, des tribunaux neutres et un commerce à l’abri de la politique. Mais la logique de Pékin est tout autre. Pour le gouvernement chinois, l’accroissement des échanges commerciaux n’est pas une fin en soi, mais un moyen de pression, une réserve pour le prochain différend.

 

Commençons par la géographie du Canada. Toute stratégie économique canadienne sérieuse se heurte à un même constat : nous partageons la frontière commerciale la plus lucrative au monde avec les États-Unis, et il est peu probable que Washington considère la politique canadienne envers la Chine comme une simple expérience de puissance moyenne.

 

Un prix à payer en US $

La question n’est pas de savoir si les Canadiens devraient commercer avec la Chine. Bien sûr que la réponse est oui. La question est de savoir si nous devrions accroître notre dépendance envers un rival géopolitique de notre principal allié sans nous attendre à en payer le prix à la frontière, en matière de coopération de renseignement ou de politique industrielle.

 

L’ambassadeur de Pékin demande aux Canadiens d’imaginer une Chine qui se comporte comme un partenaire commercial normal. L’expérience incite à la prudence. Shingo Yamagami, ancien ambassadeur du Japon en Australie, a un nom pour la psychologie politique que cela engendre : la «magie chinoise» — la tentation de confondre sourires et séances photos avec retenue stratégique. Son avertissement est pertinent. Une offensive de charme ne témoigne pas d'un changement d'intention, mais souvent d'une amélioration des tactiques.

 

Manque de respect

La Chine n'est tout simplement pas structurée pour respecter les accords internationaux comme les nations occidentales l'exigent encore trop souvent. Son État-parti peut fusionner politique économique, sécurité intérieure et propagande en une seule campagne. Pékin considère les discours et les marchés comme des instruments interdépendants de sa puissance nationale.

 

Des coalitions stratégiques

Ensuite, nous avons besoin de coalitions stratégiques avant toute concession. La «géométrie variable» de M. Mark Carney est applicable : il faut d'abord renforcer la résilience avec des partenaires partageant les mêmes valeurs – le Japon, l'UE, la Corée, l'Australie – puis dialoguer avec la Chine en partant d'une position où un refus est crédible et les coûts partageables. Enfin, nous devons considérer la résilience de notre sécurité nationale comme faisant partie intégrante de notre politique économique globale. […]

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(Cette chronique a été publiée dans The Hamilton Spectator et reprise par l’Institut Macdonald-Laurier. Stephen R. Nagy est professeur de sciences politiques et d’études internationales à l’Université chrétienne internationale. Il est aussi chercheur principal et responsable du projet Chine à l’Institut Macdonald-Laurier. L’université où il enseigne est au Japon et n’est pas religieuse malgré son nom.

 

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